Avis sur le jeu Madworld

Alors que les mois de février et mars ont apporté leur lot de grands titres sur consoles next-gen, on ne peut pas dire que la Wii a subi le même traitement. Heureusement, Sega veille et, juste après le très sympa House of the Dead Overkill, nous offre le premier rejeton des ex-Clover de Capcom, désormais réunis sous la bannière Platinum Games. Ce beat them all sanglant mérite-t-il tout le battage qu’il a occasionné ?

Vous êtes Jack, un gros bourrin amateur de cigares, et vous allez participer au nouveau reality-show à la mode et nommé Deathwatch. Ici une seule règle compte : la loi du plus fort. Armé de votre tronçonneuse, il faudra buter du sale type à la chaine, jusqu’à parvenir au sommet du classement. Et on peut dire que notre héros va avoir du boulot.

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Si Madworld a suscité autant d’émoi depuis son annonce, c’est pour deux choses : son propos gore et violent, chose rare sur la très “corporate” Wii, et son visuel en noir et blanc. Concernant la première composante de ce binôme gagnant, on confirme. Oui le sang gicle, c’est violent, mais on ne tombe jamais dans le malsain. Tout est tellement exagéré et loufoque que ces torrents d’hémoglobine font plutôt sourire et renforcent une ambiance dont je parlerais plus loin. Sur le style graphique maintenant, là aussi c’est réussi. Le côté comic book se ressent dans l’utilisation d’onomatopées (un peu comme dans le FPS XIII d’Ubisoft) et lors des cinématiques qui utilisent parfois un système de vignettes ; mais le rendu global m’a surtout évoqué le film d’animation français Renaissance. Il créé ainsi une vraie identité au soft, qui le singularise d’emblée, mais qui sait aussi servir le propos, dédramatisant les gerbes de sang.

Pour rester dans l’ambiance et l’atmosphère dégagées par le jeu, on peut citer l’habillage sonore de qualité : les musiques hip-hop collent vraiment bien et sont très réussies, les doublages des différents persos sont très convaincants (en anglais, bien entendu), mais, surprise, deux commentateurs font leur office tout au long de vos parties. Sega a eu la bonne idée de proposer une version française pour ce tandem, bien pratique pour rester concentré sur l’action sans avoir à lire des sous-titres. D’ailleurs l’un des doubleurs est celui qui incarne Joey Tribbiani dans Friends. Certains resteront imperméables à cette feature, trouvant l’humour très “ras des pâquerettes” ou encore le ton sur-joué. J’ai personnellement apprécié et je me suis même marré. Pour être clair, on joue un peu dans le registre des deux commentateurs de catch sur NT1 (dont Kreu et moi sommes très fans), en bien plus vulgaire. Il est juste dommage que leurs répliques se répètent un tantinet au bout d’un moment. Pour finir sur ce volet ambiance, le scénario se révèle lui aussi correct, et on évite le bête prétexte, commun à beaucoup de beat’em all.

Car oui, Madworld est un beat’em all, un jeu où le seul but est de défourailler tous les ennemis présents. D’ailleurs votre créativité sera sollicitée, car plus vous tuez un ennemi en faisant preuve d’imagination (et donc en cumulant les sévices), plus les points offerts en échange augmenteront. Il est par exemple préférable d’enfoncer un panneau de signalisation dans la tête d’un ennemi préalablement immobilisé par un pneu enfoncé au niveau du torse, puis de balancer le tout dans un broyeur, plutôt que de la tronçonner bêtement. Le scoring est vraiment le nerf de la guerre dans Madworld. Vous ne progressez pas dans un niveau à la rencontre d’ennemis, mais vous vous situez dans un lieu fermé (les décors sont tout de même très variés, au fil des 14 niveaux) et il vous faudra atteindre différents paliers pour débloquer une nouvelle arme, ouvrir une zone abritant de nouveaux pièges, participer à l’un des mini-jeu du Blood Bath et enfin accéder au boss. Ces combats contre ces Nemesis sont très réussis (grâce au design de ces ennemis) mais peuvent s’avérer un peu délicats et longs. Car même si les premiers niveaux font plus office de promenade de santé, passé la moitié de la progression, les choses se corsent un peu, même si cela ne peut compenser la faible durée de vie (5 à 6 heures grosso modo). J’ajoute quand même que la maniabilité est très efficace, alternant entre l’usage des boutons pour les enchainements et les chopes, et les actions mettant à profit l’usage de la Wiimote (fatalité, tronçonneuse, uppercut, etc.). Le lock et la gestion de la caméra sont par contre un peu plus problématiques. A noter enfin que des armes secondaires (battes cloutées, clubs de golf, poignards, etc.) augmenteront le panel de vos coups.

mad.JPGMadworld possède donc un aspect très old-school et arcade dans cette recherche du scoring, et les plus acharnés pourront choisir de rejouer un niveau pour tenter de péter le high score. Mais ce système de progression m’a peu rebuté. Il faut dire que plus les niveaux passent, et plus le score à atteindre pour parvenir au boss augmente. Il arrive alors qu’on tourne en rond dans le niveaux en attendant la nouvelle vague d’ennemis (qui joue en fait le rôle de chair à canon, vu leur IA limitée). Je préfère largement une progression linéaire d’un point A à un point B, le score n’étant que la cerise sur le gâteau. Et cette sensation arcade se ressent aussi dans l’absence de check-point interne au niveau traversé. Si vous perdez votre dernière vie contre le boss, il faudra se retaper l’intégralité du niveau, soit environ 20 à 30 minutes de jeu. Un vrai jeu à l’ancienne. Le second soucis de Madworld reste sa répétitivité. Certes on peut tuer les ennemis de plein de façons différentes, mais bon, pour atteindre le score imposé, il sera nécessaire de répéter ces séquences. Au final, une légère monotonie s’installe.

Madworld est un bon jeu. Son ambiance et sa maniabilité restent ses gros points forts et le titre de Platinium Games remplit son rôle de parfait défouloir et on se surprendra souvent à rire de ce que l’on voit à l’écran. Pourtant son système de progression basée sur le scoring, sa durée de vie très faible et son action redondante l’empêchent d’atteindre les sommets et d’égaler les excellents God Hand et No More Heroes dans mon cœur. Mais les bons titres sont plutôt rares sur Wii et il serait dommage de faire la fine bouche.

 

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